lundi 3 novembre 2014

Un dimanche de chasse en Bourgogne.


Il y a un rituel qu’il est impossible de contourner quand on prépare ses affaires de chasse.
Il nous prépare à entrer dans le monde de la nature, celle qui nous fera souffrir pour l’admirer, la détester, voir la craindre.
Vérifier que la Trompe d’appel est bien dans le sac à dos, et la tenue de pluie ….
Vérifier que la veste de chasse est  accompagnée de son gilet orange …tellement laid que notre inconscient voudrait s’en passer !
Je l’ai même orné du logo de la marque CHANEL pour faire rire mes copains…
Nettoyer les bottes de marche, celles que l’on va maudire parce qu’elles nous transmettent si bien le froid pendant les postes.
S’équiper du ceinturon qui porte la cartouchière et la dague de vénerie.
Ajuster son couvre chef qui est censé nous protéger du froid, de la pluie et peut être du ridicule !

Le rituel achevé, je rejoins mes camarades chasseurs dans la cabane qui borde notre foret.
Les chiens, pour l’instant dans les remorques, hurlent leur impatience, je reconnais les voix de chacun.
Je reconnais la façon à chacun de garer son véhicule, pour certains ostensiblement en désordre et d’autres, si pointilleux sur le respect de leur emplacement …

La cabane est froide car les anciens viennent seulement d’allumer les cuisinières à bois , contre toute logique ,la porte est grande ouverte .
Mes camarades rentrent et sortent , certains s’équipent  de guêtres qui sont censées protéger leurs pantalons ,d’autres ont attaqué une terrine de sanglier avec du pain frais .
Il y a le bruit d’un bouchon qui saute, celui de la bouteille de vin rouge qui va lubrifier les gosiers.
Il y a des rires, des quolibets pour ceux qui ont « loupé » dimanche dernier un beau sanglier. 

Et soudain voilà  des discussions sur la tactique à adopter pour cette matinée froide d’hiver, quelle parcelle de  bois vont travailler les traqueurs et leurs chiens ? On a bien vu quelques traces de sangliers et de chevreuils mais cela reste incertain.
Les numéros de postes sont distribués, et la cabane se vide de ses chasseurs pressés d’avoir trop chaud de devoir  marcher des kilomètres pour aller à leur poste, et trop froid d’y être immobile pendant trois heures,jamais contents !!!!
J’ai finalement rejoins mon poste après une longue marche , tout en évitant de faire craquer les brindilles sous mes bottes .
La combe numéro 6 qui m’est impartie est très profonde ,les arbres qui s’y accrochent sont sûrement centenaires ,ils ont du voir pas mal de types de mon espèce .
Je me suis adossé à un gros Foyard qui a un bon mètre de diamètre ,son écorce est lisse et un coté sur la base de son tronc puissant est recouvert d’une mousse bien verte qui sent bon.
Après avoir repris mon souffle, j’ai installé mon siège pliant de manière stable .
Je me suis peu a peu accoutumé à l’obscurité de cette combe glacée avec la vague impression d’être observé de toutes les créatures qui l’habitent.
Il n’y rien pour l’instant, même pas le cris d’un oiseau, mais je sais que si je reste immobile , des mésanges s’approcheront à moins d’un mètre pour me regarder .

J’ai chargé ma carabine, et j’ai épaulé dans les quatre directions que le grand gibier pourra prendre.

Pas un bruit, le froid est coupant, mes oreilles le sentent déjà .
Le sol est recouvert de  givre, même la petite source plus loin est recouverte de glace, les chiens devront gratter pour s’y désaltérer .

Mon esprit commence à se balader dans le passé et le futur, je ne suis pas encore en osmose avec la mère nature .je laisse faire, le tout est d’être conscient  de tout cela !

Ma vue s’aiguise à observer le paysage chaotique en le balayant lentement de droite à gauche .Mes oreilles guettent avec l’attention nécessaire pour distinguer les galops furtifs d’un chevreuil .
Et soudain le hurlement d’un chien, à bonne distance me fait dire qu’il est sur une piste fraîche, ses aboiements aigus et rapprochés sont relayés par d’autres chiens, trois ou quatre  ?
Je sais qu’à cet instant précis le gibier est déjà sur ma zone, il n’a pas attendu d’être en contact visuel avec les chiens ,il a pris le large .
La chasse s’éloigne, les jappements diminuent d’intensité, il ne faut  pas bouger, surtout écouter de tout son être et laisser son intuition prendre le pas sur la raison.

Dans mon dos j’ai entendu un craquement de brindilles et celui que je n’attendais pas est arrivé sur moi comme si je n’existais pas .
En me retournant il a vu mon visage et le geste que j’ai fait en épaulant ma carabine.
Il à marqué un infime temps d’arrêt dans sa course et m’a dépassé avec autant de grâce que je ne pouvait l’imaginer.
C’est un grand cerf, sûrement un quinze cors, sa ramure est terminée part des fourches blanches du plus bel effet.
Sa robe est presque noire.
Et sa démarche, son trot, si déterminé, si majestueux que j’ai abaissé ma carabine, pour mieux le voir, et certainement l’admirer.
Le cœur battant j’ai gravé cette créature dans ma mémoire avec un immense respect pour notre mère nature.
Cette apparition a possédé mon esprit toute la matinée.
J’ai espéré secrètement que personne n’abatte ce majestueux  Cerf, oubliant volontairement de prévenir mes copains chasseurs de sa présence par la corne d’appel.

Il est midi, j’ai vu deux chevreuils, un grand Cerf et les chiens sont venu me saluer en passant sur sa trace odorante, que demander de plus ?
Je retrouve mes copains à la cabane de chasse pour manger chaud et échanger nos impressions du matin.
Je ne parlerais pas du grand Cerf puisque je ne l’ai pas signalé avec la corne n’est ce pas ? et je sais que les chiens ne diront rien !







2 commentaires:

  1. Aaah, là t'y es mon Jean-Claude, mon palpitant de païen européen tressaute.
    Merci , grand merci pour ces lignes.

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  2. j'ai l'impression de te voir devant moi me le conter ! La même ferveur , le plaisir de partager des instants magiques ! Merci mon JC !

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