vendredi 14 novembre 2014

C’était le jour de l’As de Pique …..

C’était le jour de l’As de Pique …..






Mon copain Gilbert m'appelle un samedi soir :   « Alors on saute demain ? »

«  Oui bien sûr ! rendez vous au centre PARA de Champforgeuil à 9 h ? »
« Ok ,9heures »

C’est un beau dimanche de juillet avec du soleil et quasiment  pas de vent.

Puisque nous sommes des parachutistes confirmés, nous arrivons à Champforgeuil avec nos parachutes personnels, soigneusement pliés.


Personne ne nous pose de questions, le chef de centre est bien assez occupé par les élèves …
Les copains sont là, certains ont déjà réalisé leur premier saut de la journée, l’ambiance est détendue dans la salle de pliage .Musique californienne, tee shirts multicolores  et sandales, les vacances quoi !!!

J’ai posé mon matériel sur une table et enfilé ma combinaison noire ornée de petites étoiles jaunes .La classe !!
Rien dessous, il fait déjà chaud.
Je vérifie mon altimètre en  le calant sur le  zéro  avant de le mettre à mon poignet gauche.
Ne pas oublier les petites lunettes de jockey autour du coup, et surtout pas de casque ! J’aime tant sentir le vent de la chute libre siffler dans mes oreilles !
Pendant ce temps les élèves nous regardent nous équiper avec envie ; eux , on les oblige à porter un casque et des chaussures montantes….
Maurice, Le pilote est un bon copain, il cultive les deux disciplines, pilote largeur ET parachutiste confirmé, il est bien évidemment complice de nos petits écarts de conduite.
Gilbert et moi avons endossé nos parachutes « tout dans le dos » presque aussi légers que des petits sacs à dos.
On plaisante, on parle de tout et de rien en marchant jusqu'à la zone d’embarquement du petit Cessna 185 qui ne peut emmener que 5 parachutistes .
Deux élèves nous suivent avec leur instructeur, ils partiront les premiers à 2000 mètres pour leur saut de voltige, l’un après l’autre à 5 secondes d’espacement. Ensuite leur instructeur partira seul pour un saut de plaisir.
Gilbert et moi, sommes assis au fond de l’avion côte à côte, un peu serrés et toujours aussi détendus .il fait tellement beau ! .
Au pallier de 2000 mètres l’instructeur a ouvert la porte du Cessna pour rectifier la verticale du largage et crier un tonitruant « OK !!! » au pilote.
Maurice a réduit la vitesse de l’avion, redressé l’assiette  et les deux élèves sont partis pour leurs 20 secondes de chute libre.
L’instructeur s’est détendu et nous a dit qu’il partirait à 2500 mètres. Il s’est réinstallé confortablement en face de la porte et bavarde avec le pilote.
Contrairement à l’habitude, il n’y pas eu de choc thermique à l’ouverture de la porte, c’est quasiment la même température estivale  qu’au sol, le bonheur quoi !
Et puis à 2500 mètres l’instructeur est parti en nous criant
«  Blue sky,black death !!!! »
En cœur nous lui avons crié « Oh yeahhhhh !!!!!! »


Pendant que l’avion montait à 3500 mètres, nous avons continué à bavarder et quand j’ai regardé mon altimètre qui affichait déjà 3500 mètres ,j’ai soudain réalisé que nous n’avions pas briefer notre saut au sol…
Je l’ai dit à Gilbert qui me rétorqua qu’on s’en foutait ,qu’il sortirait en « Flotteur » et moi en « Piqueur »
« Ok mais qu’est ce qu’on fait en chute ? »
« On fait des tours alternés jusqu'à 1200 mètres ? »
« Ok »

Gilbert a ouvert la porte en échangeant un sourire avec le pilote ,est sorti de la carlingue en ne laissant que ses pieds et ses mains à l’intérieur .je me suis positionné devant lui , en le regardant et j’ai dit « OK !!! » .Gilbert est légèrement rentré dans la carlingue et en même temps que lui ,j’ai plongé face queue de l’avion.
En principe ce genre de sortie est archi conventionnelle pour des confirmés, elle permet de rester au contact dès la sortie de l’avion et de réaliser la première figure dans l’axe vertical .Les autres figures se font dans l’axe horizontal, c’est à dire de la chute libre à plat.
Des la sortie ,mon copain Gilbert me met 50 mètres dans la vue ,en clair il est 50 mètres en dessous de moi et comme il est bien plus lourd que moi je me rends à l’évidence que c’est moi qui aurait du être le « flotteur » ….
Je me démène comme un fou pour réduire ma portance en réduisant ma surface, rien n’y fait , GILBERT me fait des signes du genre « descend ! descend !! » .
Je me concentre, j’affute ma position dans l’air, je grappille quelque mètres, mais Gilbert est toujours en dessous et plus il me regarde, plus je sais qu’il cambre sa position en sortant le ventre et plus il descend vite ….
Pour un saut à 3500 mètres ,35 secondes peut être 40 de chute libres passent vite quand le saut ne se passe pas comme prévu …mais c’est un fait que RIEN n’était prévu.
Et soudain j’ai vu Gilbert baisser la tête, regarder le sol , me regarder à nouveau ,et finalement à grand renfort de croisements de bras me dire qu’il allait ouvrir son parachute ( !!!!)
J’ai vu sa voile se déployer comme une grosse fleur rouge juste au DESSOUS de moi, je me suis écarté brutalement pour dévier ma trajectoire et j’ai ouvert mon parachute sans réfléchir plus que ça.
Quand ma voile à été ouverte j’ai regardé mon altimètre qui affichait 300 mètres …. Dans la seconde qui suivait, en baissant les yeux, j’ai vu GILBERT se poser dans un jardin potager.
Moi aussi, j’ai choisi le potager ….

Arrivés au sol nous avons échangé un seul commentaire : aucun de nous deux n’avait regardé son altimètre pendant la chute libre.
Simplement, nous étions trop confiants en nos capacités, et surtout, nous n’avions pas préparé notre saut au sol, ce que n’importe quel élève aurait fait sans réfléchir.
A 50 mètres/seconde qui est la vitesse moyenne des parachutistes en chute libre, les 300 mètres donnaient 6 secondes de chute libre avant d’impacter le sol, ensemble …..
Nous sommes rentrés au centre Para, un peu penauds en nous disant que nous étions passés très près ce jour la, de l’As de Pique.
« Blue sky, black death…. »


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