mercredi 1 juin 2016

Mémoires d'YVAN ,chien de chasse .



Mémoires d’YVAN  , chien de chasse.





  1. La jeunesse d’YVAN

Je m’appel YVAN, je suis de la race des GRIFFONS NIVERNAIS.
Mon maitre aime à dire, que mes antécédents familiaux me distinguent par mon sale caractère.
Que sait’ il de notre façon de penser, nous les grands chiens ?
Ma mère dont je me souviens les accès de colère contre les étrangers abordant l’entrée de la ferme, ne m’a pas transmise que ses humeurs belliqueuses , j’ai hérité de sa capacité d’observation et de flaire que nul autre chien du village ne pouvait lui concurrencer.

Nous sommes en avril, je suis fatigué, mes oreilles bourdonnent continuellement, j’ai mal au dos quand je me lève pour aller satisfaire mes besoins dans la coure.
Je dors beaucoup, mais j’ai toujours un œil aux aguets, simplement j’entends moins bien.

Bien sur, mon flaire est toujours performant, je sais bien distinguer le fumet d’un sanglier de celui du chevreuil, ce dernier ne m’intéressant plus d’ailleurs depuis fort longtemps…

Dans la cour de la ferme ,il y a les poules que j’ai pourchassé avec délectation quand j’étais tout jeune ,déclenchant les cris de ma maitresse  et quelques remontrances de mon maitre plus enclin a sourire de mes bêtises ,et ce fut déjà en cette période de ma vie que la complicité entre nous deux commença à se sceller .

Mon maitre, Désiré , un solide gaillard à la caresse un peu rude,  m’apprit les rudiments de la chasse en compagnie de la vieille : Natalia.
Natalia, ma mère, je la reconnaissais bien et  mordillais volontiers sa truffe par tendresse sans risquer, comme les autres  bâtards du village de me prendre une sévère correction !
Quand elle en avait assez de mes pitreries, qui perturbaient ses siestes, je reconnu très vite la variation de ses grognements, celui la pour me dire « arrête de m’embêter » et l’autre plus menaçant pour m’interdire l’accès à sa gamelle de soupe, celui la ….il valait mieux ne pas insister ! Tout est question de dosage dans la vie !
C’est Natalia qui m’apprit, par l’exemple, la quête du gibier avec ma truffe.
A mes débuts je pensais plus a courir après les papillons ,les mulots dans les blés fraichement coupés .
J’étais tout étonné d’entendre sa voix grave, sa « gorge » comme disait  Désiré, lorsque elle lançait un lièvre .Je tentais bien de la suivre mais elle avait du souffle, la vieille, reprenant la piste odorante, pour revenir au point de départ elle me montrait avec insistance, la, ou je devais sentir pour comprendre la signature du lièvre.
Il fallut deux saisons de chasse pour que je me « déclare » comme disait Désiré .
C’était dans les grandes terres, pres du petit bois entouré de haies d’épineux, je quêtais sans conviction, avec la vieille, quand soudain ma truffe reconnu le fumet d’un lievre ,ou son urine fraiche peut être ? à cet instant ma gorge se déploya, oh ! pas aussi puissante que Natalia bien sur, mais venant du fond de ma poitrine, d’un autre Yvan !!!

La vieille m’accompagna bientôt dans nos hurlements, et c’était un régal de courir ensemble a la vue de  la même  proie, c’était un régal de voir devant nous cette bête aux grandes oreilles qui essayait de nous échapper en zigzagant.
A l’angle du petit bois se tenait, absolument immobile, Désiré que je vis soudain épauler son fusil et tuer net le lièvre aux grandes oreilles.
La détonation me fit sursauter,  je voyais le lièvre bouler dans sa course, et dans son dernier soupir agiter ses longues pattes.
Ce fut encore un plaisir de mordiller cette proie tout chaude et lécher le sang, si gouteux, qui fuyait de son corps .Désiré nous laissa faire un moment, et comble de bonheur me félicita de mon travail avec de gentilles caresses.
Oui ce fut un beau jours de chasse, il faisait chaud, au retour nous nous sommes roulés avec délice dans le ruisseau du moulin Voulot .

  1. NATALIA
 
Natalia était un bon professeur, elle m’apprit entre autre, à quêter méthodiquement les fourrés à quelques enjambées de mon Maitre Désiré.
Au début, je courrais dans toutes les directions, ne pensant plus à jouer que chasser bien sûr ! l
Les bourdons me passionnaient, les lézards aussi, je revenais toujours vers ma mère lors de ces parties de chasse imitant sont attitude sans trop comprendre les objectifs.
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Par la suite avec l’expérience et l’imitation de ma mère, je raccourcissais mes cercles autour de mon maitre, me retournant de temps à autre pour ne pas le perdre de vue, c’était moins fatiguant et je quêtais plus efficacement.

A mon douzième  mois, en  septembre quand les feuilles jaunissent, Natalia lança un lièvre,  je la suivais au grand galop et  découvris le hurlement de ma mère (bien différent de ses  colères)
Nous avons traversé la chaume des Meix ardents à toute vitesse ignorant la piqure des blés fraichement fauchés sur nos coussinets, ma mère menait la danse et c’était une grande joie pour un jeune freluquet de mon espèce de l’imiter.
Le lièvre disparu, ma mère revint sur ses pas, la piste odorante zigzaguait, s’amenuisait.
Désiré nous avait rejoint sur l’orée du bois des frênes encourageant Natalia a buissonner dans les ronces.
Je découvris ce jour la, les aléas de la chasse, et il y en a !! il faut une solide constitution pour courir a travers champs labourés, blés coupés ou buissons de ronces, d’autant que les mois de septembre sont toujours secs et que les ruisseaux sont rares dans notre pays pour étancher nos soifs .
Insensiblement je m’endurcissais au contact de mon Maitre et  bien sûr Natalia, mon souffle n’allait prendre toute sa puissance  qu’a l’aube de mes deux ans.
Désiré connaissait bien son terrain de chasse et s’efforçait toujours en cours de matinée de nous faire passer par l’étang du Pere JOBLON, c’était bien agréable de rentrer dans cette eau odorante jusqu’au cou et se rouler ensuite dans la vase des bordures.
Il y avait aussi le casse croute des chasseurs qui se retrouvaient en ce lieu  humide pour y échanger des verres de vins blancs du pâté et du pain frais.
D’autres chiens étaient la, chacun reprenait son souffle, buvait un bon coup et se chamaillait pour fêter ces retrouvailles.
Certains amis de mon maitre nous gratifiaient des rognures de fromage ou de jambon, un vrai régal quand on a cavalé des heures sous une chaleur accablante !
 


Je découvris en  ce mois de septembre la joie de courir après l’envol des faisans, bien souvent sans succès, seule Natalia était capable de les attraper d’un coup de gueule avant qu’ils ne décollent.
Ces oiseaux dont le fumet ressemblait a celui des poules de notre basse cour, poussaient des cris rauques lorsqu’ils s’envolaient.
Quand Natalia arrivait a ses fins, d’un coup de gueule assuré, la réprimande était modérée de la part de Désiré ,voire …inexistante s’il n’y avait pas de chasseurs près de nous.
Finalement, j’ai toujours pensé que notre Maitre devait nous imiter quand il faisait sa grosse voie pour nous reprocher quelque chose, il pouvait aussi  hurler  ALAOUUUUUU ! Quand il voyait les bêtes noires devant nous, cela nous encourageait indiscutablement, quelques fois je remarquais l’expression d’étonnement de ma mère, n’ayant rien vu ni senti avant Désiré !! elle se démenait d’autant plus.
Il faut dire que ma mère et moi étions heureux par rapport aux autres, ces derniers vivant la période de fermeture de la chasse enchainés dans la cour de la ferme ou pire,  dans des enclos au font du jardin, ah ils pouvaient hurler toute la journée leur colère, eux, je les entendais, je les comprenais…
Natalia et moi avions un bon maitre, il décrétait à qui voulait l’entendre que les chiens sont comme les hommes, ils détestent vivre comme des  prisonniers.
Nous les grands chiens avons besoin de grands espaces, c’est tout ! il m’est arrivé de traverser tout notre village pour rejoindre Bella, la  rouquine en chaleurs dont je sentais les effluves depuis notre cours de ferme .Pourtant, il y à beaucoup d’odeurs dans une ferme, entre les poules, les lapins ( que j’aurais bien aimer croquer à l’occasion…) le tas de fumier et les relents de la cuisine de notre maitresse ,il fallait avoir la truffe bien affutée !

Ma maitresse nourrissait les tourterelles qui nichaient dans le hangar à foin, avec du mais glané par mon maitre lors de nos escapades de chasse.
Quand j’étais jeune, j’adorais bondir sur ces malheureux volatiles, si maladroits dans leur envol , lorsqu’elles picoraient le mais épandu par ma maitresse ,mais c’était plus pour rire et leur montrer qui était le chef dans la cour . D’ailleurs, je pense qu’elles ont très vite compris mon petit manège parce que désormais elles passent en se dandinant (ridicules, non ?) devant ma truffe a portée de mes mâchoires …je les ignore superbement comme faisait Natalia en son temps !

Les hommes croient naïvement que nous, les grands chiens, ne raisonnons pas ! Encore une foutaise !  Serait ce qu’ils ont cet éternel besoin de se croire toujours supérieurs ?
Moi, par exemple je sais que je peux subvenir à mes besoins dans le foret, il y toujours quelque chose à dévorer.
Au pire une taupe crevée calmera ma fringale …Il y a toujours à boire aussi avec de toute petites sources qui courent sous les feuilles mortes, car il m’est facile de les détecter par mon odorat si précis.
Pour dormir il y a les lits douillets de feuilles, et cela  sent bon la nature .Comment l’expliquer sinon le vivre, comme à chaque instant pendant ces parties de chasse ?
Comment dire à mon maitre que ma truffe si sensible, me fait distinguer entre toutes, les traces de  la caniche rouquine du village et du chat de notre voisine ?
Désiré sait écouter mes hurlements, et je sais qu’il a comprit quand c’est une coulée fraiche de chevreuil, car je cris « langoureusement » .S’il s’agit d’un sanglier mes hurlements montrent de la colère et d’autant plus quand la bête noire est à ferme.
Et je sais aussi, avec l’expérience, pousser quelques coup de gueule, juste pour signaler à mon maître la coulée fraiche d’un renard sur laquelle je ne m’attarderais point, car c’est un cousin, n’est ce pas ?
Parfois Désiré décide de  m’attacher pendant que les chiennes du village sont en chaleur, car mes gémissements trahissent mes émotions ! il n’ya plus qu’a attendre que ces chiennes ne soient plus en « chasse «  comme ils disent.

Mais comment expliquer à mon Maitre la joie de courir dans les prés, passer sous les clôtures de barbelés en y laissant, au début, quelques touffes de poils .Et oh !! il n’y pas que moi hein ? j’ai détecté mainte fois des poils de sangliers ou de cerfs accrochés après ces mêmes barbelés.

Que dire de cette combe si profonde, ou je pourchassais une compagnie de sangliers qui finirent pas sauter dans un ravin , oui je dis bien sauter !, six mètres plus bas pour traverser la route, me laissant tout déconfit de cet exploit …Arrivait plus tard Désiré, qui, incrédule, affirma à ses copains que les bêtes noirs ne POUVAIENT PAS passer par la. !

Comment décrire l’aube d’un matin de chasse pluvieux, ou l’on s’impatiente, nous les grands chiens, de voir nos maitres attendre interminablement que la pluie cesse.
En guise de tenue de pluie : notre fourrure épaisse, en guise de chaussures : nos griffes puissantes, en guise d’armes ? Notre courage, et nos mâchoires.
Et notre sens de l’orientation, si subtil que nous pouvons  courir des kilomètres dans des chasses que nous ne connaissons pas et revenir à la voiture de nos Maitres ?
Nous pouvons affirmer aussi que notre ouïe est bien plus performante que celle de nos maitres, il suffit de s’arrêter pendant nos longues courses pour entendre, quelque fois si faiblement le son de la trompe de Désiré, reconnaissable entre toutes, bien sur ! Car notre Maitre à le bon sens de répéter au moins trois fois ses appels.
Il est vrai qu’au début de ma carrière, je me suis perdu plusieurs fois, trop loin de la voiture de mon maitre, n’entendant plus ses coups de trompe, ne retrouvant plus mes pas.
Alors je me couchais en rond dans un tas de feuille morte , à l’abris du vent ,et attendais le matin pour reprendre mes traces, Désiré avait le bon goût de laisser une vieille veste de chasse imprégnée de son odeur à l’emplacement de sa voiture. Je me couchais dessus et attendais patiemment son retour dans la  journée ou le lendemain…
Un jour, j’eu la bêtise de pourchasser un  blaireau qui se refugia dans son terrier entre deux roches. Pas de problème pour  rentrer dans ce grand terrier assez large, mais pour en sortir, ce fut un moment d’angoisse que je ne reproduisis plus jamais.
Mon collier s’était accroché dans une racine et m’interdisait la marche arrière, devant moi, j’entendais le souffle du blaireau, cela dura des heures  … et dans la  nuit, avec un sursaut de rage, je réussis à casser la racine pour me libérer.
Désiré sut, lors de nos retrouvailles que j’avais fourragé dans un terrier de blaireau car mon dos était maculé d’argile ; en guise de représailles, je passais à la douche, trop épuisé pour protester.
La peste soit de cette odeur de savons dans la douche ! Dès que possible je me roulerais sur une charogne bien avancée pour mieux plaire aux chiennes du village.
Les préoccupations des grands chiens de chasse sont simplissimes comme on a pu le voir plus haut, toutefois j’ai omis  de citer  une bonne soupe épaisse le soir et une paillasse ; qui m’appartient car je reconnais son odeur, et gare au chat de la maison s’il lui prenait  de s’y vautrer sans ma permission !.


  1. La première bagarre


Dans la vie d’un grand chien, il y a toujours un moment ou l’on doit montrer que l’on n’est pas une mauviette .Cela remonte aux origines du monde, ou l’on devait défendre son quartier de viande si chèrement gagné.
Lors des parties de chasse, on finit toujours par croiser un mauvais coucheur, du genre « toi, t’es nouveau et je vais te mettre une bonne correction »
 Il s’appelait  RAVACHOL, c’était un bâtard, de haute taille et bien bâtit .il cultivait une réputation de bagarreur expérimenté.
Le scenario classique : en plaine, les chasseurs se retrouvent sur le coup des 10 h pour casser la  croûte accompagnés de leurs chiens.
La plupart de mes copains grands chiens étaient bienveillants avec moi, sûrement  parce qu’ils connaissaient ma mère, Natalia avaient depuis longtemps corrigé sévèrement les discourtois.
Et le RAVACHOL qui me tourne autour en grognant des menaces, toutes canines dehors, les oreilles en arrière et la brosse sur le dos ,je sentais bien qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas mais je compris définitivement quand ce voyou me sauta dessus et me mordit sauvagement  le  dos ,visant ma nuque pour m’immobiliser.
La douleur et l’offense sont deux moteurs de motivation.
Il y a deux possibilités dans cette situation : faire soumission en courbant l’échine et prendre la fuite, ou engager le combat pour l’honneur comme dirait mon  maitre qui nous regardait avec ses copains.

Les gênes de ma mère firent leurs apparition, ignorant la douleur, je me  retournais et prenais à la gorge ce maudit bâtard, je serrais fort, et ne lâchais pas malgré ses gesticulations, le secouant vigoureusement pour l’égorger comme je l’avais fait avec succès sur les chats  et soudain, il commença à couiner et me signifier de lâcher prise.
Nos maitres nous entouraient sans intervenir, et je pris cela pour encouragement, lâchais ma prise et mordant de plus belle une cuisse du voyou. Il hurlait plus fort sans oser riposter, le lâche !.Quand il manifesta à nouveau son déshonneur par des pleurs, je le lâchais afin qu’il puisse se refugier loin de moi.

Ce fut un grand jour pour moi, pour ma mère qui serait intervenu si ma situation s’était aggravée et surtout mon Maitre, qui me congratula devant ses copains, ces derniers commentant ma prestation avec plaisir.
Avec RAVACHOL on se croisa d’autres fois, mais  PLUS JAMAIS il ne me provoqua plus, même quand c’était l’heure des chiennes en chaleurs.

  1. Le grand sanglier
Pour les grands chiens, le sanglier reste la proie d’excellence car la plus dangereuse.
Le sanglier est courageux, s’il est encerclé, il fera front ; il est capable de contre attaquer violemment une meute de chiens, voir des hommes. Ses coups de boutoirs, armé de ses défenses tranchantes peuvent ouvrir un ventre aussi facilement que de le dire !!
Combien de chiens éventrés font un stage chez le vétérinaire le dimanche soir ? Combien meurent de s’être vidé de leur sang parce que leur maitre n’a pas su, ou voulu, arrêter la partie de chasse pour les secourir ?


Il eu un dimanche matin de février, glacé à déchirer nos pattes, ou je fis connaissance avec le sanglier de ma vie …
Avec NATALIA et ses copains, nous  pourchassions une petite harde de chevreuils lorsque, ma mère  par esprit de décision, abandonna cette piste fraiche pour revenir sur ses pas..Un énorme massif de buis occupait  la clairière qu’elle décida d’explorer.
Bien évidement, ma mère savait ce qu’elle faisait, des qu’elle rentra dans les buis, j’entendit distinctement le départ bruyant d’une compagnie de sanglier, il faut voire et entendre cela !! Les craquements de branches et les grognements sont très impressionnants. Rien n’arrête les sangliers, forts de leur rondeur, ils savent ignorer les ronces.
Ce fut un concert de gorges, Natalia ouvrit le bal et tout les autres chiens suivirent.
Ces maudites bêtes noires tournaient en rond dans le massif, impossible de les faire sortir … Désiré qui nous avait rejoints, hurlait des ALAOUUUUUU pour nous encourager.
Le temps me  paru une éternité, nous les sentions sans les voir, ce qui décuplait notre fureur, impossible d’en isoler un  .
Alors mon maitre décida de rentrer dans le massif de buis, toujours en hurlant, fourrageant dans les ronces, son fusil à bout de bras.
C’est surement ce qui décida la Laie de forcer le passage, suivie de ses  marcassins. Les laies sont toujours plus courageuses que les mâles. Ce sont toujours les premières à sortir de la forêt pour sauver leurs petits.

 
Ce cortège était suivit d’une dizaine de jeunes plus âgés qui essuyèrent sans broncher quelques coup de carabines.
Les hommes, sont finalement comme nous les grands chiens ,aussi excités de voir les sangliers, tellement excités qu’il ratent leur tirs, trop émus pour être précis !.
Je sentais bien que toute la meute n’était pas sortie des buis, Natalia aussi, qui fourrageait furieusement, ponctuant ses coups de gueules de couinements significatifs.
Tout près d’un grand chêne, qui dominait le massif, se tenait face à nous un énorme sanglier, mâle, il faut voir le regard d’un grand mâle qui va vous déclarer la guerre !.
Il avait préféré le combat à la fuite. Sûre de ses expériences antérieurs, à charger les chiens imprudents ou trop téméraires.
Je mesurais alors la taille de ce monstre tout noir l’œil flamboyant de colère, ses poils du dos hérissés et la puissance de ses mâchoires …
Dans le doute et à l’exemple de Natalia je gardais une distance de sécurité tout en hurlant de ma gorge désormais affirmée.
Avant que Désiré  ne nous rejoigne, le grand mâle prit la décision de nous charger. Nous nous écartâmes juste à temps pour éviter les coups de boutoirs, et lui emboitant le pas, nous le poursuivîmes  sans le laisser nous distancer .Il avait soigneusement choisit le passage que ne gardait pas Désiré et les autres , se servant de son groin si sensible à l’odeur de l’homme, c’est surement pour cela qu’il avait su évité de nombreux coups de fusils.
La combe de la Femme sans tête  était si profonde que les hommes ne s’y risquaient plus, tant elle  était dangereuse par ses failles rocheuses. Le grand sanglier s’y jeta avec une telle détermination que nous fûmes tout étonnés.
Il connaissait bien ce site, à le voir se jeter d’un rocher à l’autre malgré sa forte taille, et nous avions beaucoup de peine à le suivre.
Finalement nous le perdîmes de vue et sa trace olfactive s’estompa comme par miracle. Natalia était furieuse de voir son flaire mit en défaut, tournant et retournant, explorant avec hargne la moindre faille.
Ou était-il ? Désiré nous haranguait de coup de trompe, l’accès à cette combe lui étant impossible.
De guerre lasse, Natalia décida d’abandonner la place en faisant un détour par le bas de la combe qui était plus « carrossable » ignorant les coups de trompe de Désiré, je la suivais sans trop la comprendre.
Comme nous remontions le versant en direction de Désiré, ma mère s’arrêta net sur une trace odorante et reprit ses recherches .A l’angle d’une  faille, il était la, tapit au fond d’une grosse cavité, prés à bondir, nous le sûmes quand il commença à grogner ses menaces.
Pas d’échappatoire possible pour ce grand solitaire, la guerre ou la fuite .Pour la fuite il fallait de toute façon passer devant nous.
Alors il décida ce qu’il avait du faire très souvent dans sa vie, attaquer pour survivre.
Natalia essuya le premier coup de boutoir et je vis son sang gicler lorsque qu’elle couina de douleur.
Dans le même temps, je recevais le deuxième coup de défenses aussi tranchantes que le couteau de Désiré, dans mon  flanc gauche.
La douleur ne fut pas immédiate et poursuivant le grand sanglier, je vis bien  que quelque chose trainait derrière moi, sortant de mon ventre ensanglanté .La douleur alors irradiait  si fort que j’arrêtais ma course pour lécher ma blessure et ….tout s’éteignit autour de moi.

Je me réveillais dans la salle d’opération du vétérinaire assisté de mon maitre penché au dessus de moi .Un énorme bandage entourait mon ventre et un flacon  de liquide suspendu  était relie à ma patte avant..J’étais nauséeux, tout tournait autour de moi et ce fut a nouveau l’obscurité.
Lorsque je me réveillais, le décor avait changé, j’étais dans une cage de fer, allongé sur un bas flanc nauséabond. Désiré qui n’avait pas quitté le cabinet des vétérinaires, échangeait sur mes blessures et celle de Natalia, dont je reconnu le prénom cité.
Ma vieille mère se réveillait, et péniblement s’efforçait de se mettre debout toute chancelante  On lui avait recousu une énorme entaille  qui courait de la mâchoire jusqu'au cou.
Elle l’avait échappé belle !!! Ayant perdu beaucoup de sang, elle serait sûrement morte si Désiré ne l’avait porté jusqu'à sa voiture.
Mon maitre s’y était reprit à deux voyages aller retour pour nous charger dans sa camionnette, soufflant sang et eau, et fou de colère contre le grand sanglier.
Le coup de boutoir de la bête noire  m’avait ouvert le flanc, ainsi mon intestin  s ‘était échappé et c’est bien ce que j’avais vu trainer derrière  moi … de même que Natalia, j’avais perdu beaucoup de sang.
De pertes de connaissances en pertes de connaissance, nous nous sommes rétablis au chaud dans la maison de notre maitre.
Près de la cuisinière dont la douce chaleur nous réconfortait, nous attendions l’heure de la soupe et dormions la plupart du temps .Parfois je reconnaissais les copains chasseurs de mon maitre, qui venaient boire un coup autour de  la table de cuisine.
Nous étions le sujet de conversation, à voire leurs regards, et l’intonation de leur voix, certains nous caressaient avec bienveillance.
Ce fut mon passage initiatique dans le monde des chiens de chasse.
Plusieurs semaines furent nécessaires à la cicatrisation de nos plaies, et d’autres encore avant de pouvoir gaillardement renouer à la chasse.
Tout le monde nous respecterait désormais…

Les bagarres  au ferme  d’un sanglier (le sanglier est encerclé et fait front pour charger les chiens) sont souvent l’objet de bousculades entre grands chiens .Il faut dire que la présence de nos maitres  crée de l’émulation parmi nous, a telle enseigne que les plus petits, prennent le plus de risque, en particulier les fox terriers, courageux combattants qui ignorent la douleur.
(Je me souviens de deux petits fox terriers accrochés chacun à une oreille du grand sanglier qui dévalait la pente de la combe aux chênes, fou de terreur de ne pouvoir ,en se secouant ,se délivrer de ces deux petits guerriers. Les deux petites femelles savaient que si elles lâchaient prise, elles seraient surement éventrées…)
Dans ces situations périlleuses, nous, grands chiens appliquons un peu de tactique, en sorte que nous restons à distance respectable car nous ne sommes pas enclins a nous faire embrocher par un vieux solitaire, parce que  trop lents à esquiver les coups de boutoirs.
Mais tout cela n’est acquit qu’après quelques expériences douloureuses !

En général la colère, ou peut-être  la haine, décuplent notre ardeur, et si nous savons garder des distances de sécurité, par notre présence nous devons dissuader la bête noire de fuir à nouveau.
Dans ces situations de combat rapproché, il est rare de voir une bagarre éclater, sauf si un « combattant » se croyant frustré par un congénère, ouvre le « débat » avec un coup de dent rageur, plus vite que toute réflexion car nous sommes fait pour mordre, un point c’est tout !

Nos maitres le savent bien, et veillent à tuer le sanglier le plus rapidement possible, pour éviter que l’un de nous dans une situation de bagarre se fasse éventrer par la bête noire.

Ce jours funeste, notre maitre  n’était pas la, et notre courage fut inutile.
Le grand sanglier avait, une fois de plus, sauvé sa vie, c’était de bonne guerre !.
 


  1. Les chevreuils dans l’étang

 


Une matinée pluvieuse et glacée  d’octobre, mon maitre nous emmena explorer une  grande chasse que nous ne connaissions pas  .Il y avait une  meute de Saint Hubert qui hurlaient de joie, pendant que les sonneurs faisaient hommage aux invités.
Natalia et moi avions l’impression d’être tout petits devant ces chiens géants, ils portaient la marque de leur maitre sur leurs flancs et obéissaient scrupuleusement a leur piqueur qui faisait tournoyer son fouet.

Je me disais que si une bagarre éclatait, je n’aurais surement pas le dessus… ! Quelques uns vinrent nous saluer aimablement, la queue haute, sans l’ombre d’une menace, nous étions visiblement adoptés.

Il n’y avait pas de cavalier, les chasseurs à pied  étaient habillés en rouge et seul mon maitre se distinguait par son gilet orange.
Pas de cavalier  … donc pas  de cheval que je détestais tant et qui avais le don de me déstabiliser…

Très vite la meute fut lâchée sur la coulée des chevreuils, c’etait un régal d’entendre cette chasse infernale ! Nous suivions le groupe avec respect.
 


Apres quelques heures de courses, la piste odorante se fit rare et finit par disparaître, les Saint Hubert tournaient en grands cercles, accompagnés des piqueurs qui les encourageaient.
Un immense  étang bordait le massif forestier que nous avions prospecté, et ce fut, une fois encore la géniale  inspiration de Natalia qui sauva la chasse.
Longeant la bordure marécageuse, nous pataugeâmes dans le sol spongieux, suivant le fumet des chevreuils .Quand nous débouchâmes sur la queue de l’étang, les chevreuils qui nous avaient vus depuis longtemps tentèrent une traversée, et s’engagèrent à la nage.
Natalia connaissait la chanson  et se jeta à l’eau, elle aussi avec moi dans son sillage …
Le brocard nageait en tête suivit d’une femelle avec son chevrillard .Dans mon dos, j’entendais faiblement les coups de trompe de mon Maitre qui devait désespérer notre retour.

Impossible de les rattraper, ils nageaient plus vite que nous, nous n’en étions qu’au deux tiers de l’étang quand les chevreuils regagnaient la terre ferme ! ils ont même eu le temps de s’ébrouer les bougres avant de reprendre leur course !.

Quand nous avons regagnés la rive, nos proies étaient loin, patiemment Natalia explora les coulées sans succès. Nous avons dévalés des combes inconnues, franchis des collines obscures recouvertes d’aiguilles de pins, des allées interminables.
On entendait plus les coups de trompe de Désiré ni les hurlements des Saint Hubert .Impossible de retrouver nos pistes, et encore moins ce maudit étang.
Epuisés, affamés, nous vîmes le soleil se coucher sur cet immense foret du diable. La présence de Natalia me réconfortait et je l’imitais en me  roulant en boule sur un matelas de feuilles mortes, dos à dos pour profiter de nos chaleurs respectives.
Nous dressions l’oreille de temps à autre croyant reconnaître un lointain son de trompe de chasse, mais il n’y avait que le vent et cette pluie glacée .Le sommeil gagna sur nos inquiétudes et l’aube nous réveilla, toujours aussi froide.

 

Les chevreuils sont casaniers, ils reviennent toujours sur leur territoire et le hasard nous souri, lorsque Natalia leva les mêmes proies qui se croyant seuls revenaient tranquillement sur leurs pas.
Ils ont eu la surprise de leur vie quand ma mère, surgissant du sous bois, fondit sur le brocard avant qu’il n’ait engagé le coup de rein qui l’aurait sauvé par une fuite précipitée.
La femelle était déjà loin avec son chevrillard quand le brocard rendit l’âme sous la mâchoire d’acier de Natalia.
Tout cela nous avait  réchauffés et, mis en appétit, nous dévorâmes avec joie les tripes chaudes de cette proie inespérée. Au loin, un bruit de moteur approchait  et je reconnu celui de la camionnette de Désiré.
Il nous cherchait depuis la veille et, fort heureusement sa colère était retombée, nous sautâmes avec joie dans la voiture accompagné du chevreuil  fraichement vidé de  ses tripes …!

Le respect que j’avais déjà témoigné à Natalia pour sa science de la chasse fut encore renforcé par son action d’éclat, elle avait comprit la trajectoire du chevreuil et anticipé de le rabattre sur moi, mais avant que je n’intervienne, elle fut sur lui … c’était bien joué, et je saurais m’en souvenir.

A suivre …………….

2 commentaires:

  1. Ah Jean-Claude! Que d'émotion, on ressent presque l'entrée en sauvagerie comme écrit Venner. Ne changes rien, contes nous en d'autres. ça sent l'histoire autour du feu assis sur nos pliants un soir d'hiver avec un vieux distillat dans nos quart métalliques...

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  2. Ah Jean-Claude! Que d'émotion, on ressent presque l'entrée en sauvagerie comme écrit Venner. Ne changes rien, contes nous en d'autres. ça sent l'histoire autour du feu assis sur nos pliants un soir d'hiver avec un vieux distillat dans nos quart métalliques...

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